Le printemps des devises au Cameroun

Le chant du cygne de la période noire des devises vient-il de retentir au Cameroun ?

Pour l’observateur qui s’intéresse au change, cela peut paraître vrai. L’année 2008 peut être considérée par les opérateurs financiers du secteur en cause comme l’une des plus stériles de ces vingt dernières années. En témoigne, l’excédent de l’offre sur la demande ayant entraîné la chute des cours. De 678 francs cfa l’euro en avril 2007, pour ne prendre que cet exemple, on est passé au cours de la même période, en 2008, à 600 francs cfa l’euro.

Nul ne peut dire avec exactitude les causes de ce déséquilibre entre l’offre et la demande. Mais, de nombreux témoignages accusent certaines banques d’en être à l’origine. Grâce à certaines relations au sein de la BEAC, ces banques pouvaient s’offrir, sans plafonnement, des devises au cours normal de 655,957 francs cfa et en revendre à 600 francs cfa à la rue et aux établissements de micro-finances.

 Avec l’évolution de la société, la demande de consommation des monnaies étrangères s’est accrue brusquement, la législation en matière de création des micro - finances est devenue plus souple et le déni de contrôle de la réglementation relative à l’exercice de la profession de cambiste s’est installée.

La reprise des activités est analysée comme un signal de relative fin de crise au Cameroun et la conséquence directe du relèvement du niveau de consommation des devises par les opérateurs économiques nationaux dont la fréquence de sortie du territoire connaît une envolée remarquable.

Il faut surtout imputer le niveau très élevé de demandes de devises à la mise en scène des coopératives d’épargne et de crédit. Conçues au départ pour mobiliser l’épargne des ménages et consentir des crédits à ces derniers, ces établissements financiers ont choisi de rompre avec leur objet pour devenir des « bureaux de change »de fait.

En raison de l’épargne mobilisée, elles s’octroient d’importants volumes de devises auprès de certaines banques, inondent leurs succursales et ravitaillent à sa siété le marché noir dans lequel opèrent leurs représentants.

Dans ce désordre, le contrôle reste silencieux, un silence qui fait le jeu des micro-finances et du marché noir dont l’activisme constitue une réelle menace à la survie du change manuel au Cameroun.

En conclusion, le printemps du change au Cameroun est un leurre, en attendant que la forte demande des devises corresponde à la remontée des cours, encore faibles, sur le marché. 

BM



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